Stellantis accusé d’une perte quasi historique : une secousse majeure pour un groupe coté à la Bours
Le 26 février 2026 restera une date marquante dans l’histoire industrielle européenne. Le groupe Stellantis, l’un des géants mondiaux de l’automobile et actionnaire majeur de la Bourse de Paris, a annoncé une perte nette colossale de 22,3 milliards d’euros en 2025 — la deuxième plus importante jamais enregistrée par un groupe français coté en Bourse.
Ce retournement spectaculaire intervient contre un contexte de transformation profonde du marché automobile mondial, marqué par la transition électrique, des choix stratégiques contestés et une compétition féroce. Retour sur une année financière qui bouscule les certitudes du secteur.
Un choc financier après des résultats bénéficiaires
Après plusieurs années de performances solides — notamment en 2024 avec un bénéfice net de 5,5 milliards d’euros — Stellantis a franchi un cap inquiétant : la première perte annuelle depuis sa création en 2021 à la suite de la fusion entre le groupe PSA et Fiat Chrysler Automobiles (FCA).
Cette perte nette historique de 22,3 milliards d’euros pour l’exercice 2025 s’explique principalement par des charges exceptionnelles de 25,4 milliards, enregistrées au second semestre.
La transition électrique au cœur des difficultés
Un élément récurrent des analyses est la place qu’a occupée — et parfois mal anticipée — la transition vers les véhicules électriques (VE).
Surinvestissement dans l’électrique
Sous l’égide de l’ancienne direction, Stellantis avait engagé d’importants investissements dans le développement et la production de véhicules électriques, s’inscrivant dans la course mondiale à la décarbonation. Ces engagements se sont cependant heurtés à plusieurs réalités :
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Une demande de VE plus lente que prévu dans certains marchés
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Une concurrence accrue de constructeurs asiatiques, notamment chinois
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Des coûts de production et de batteries élevés
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Des incitations publiques parfois réduites, notamment aux États-Unis
En conséquence, la direction a dû procéder à une révision stratégique lourde, réduisant certaines lignes de production électrique et réévaluant les prévisions de vente. Cela a généré une grande partie des charges exceptionnelles de 25,4 milliards.
Chiffre d’affaires en léger recul mais signes positifs en fin d’année
Malgré cette perte nette massive, certains indicateurs montrent que le groupe n’est pas complètement à la dérive :
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Le chiffre d’affaires 2025 s’établit à environ 153,5 milliards d’euros, en légère baisse de 2 % par rapport à 2024.
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Dans le second semestre, la dynamique s’est améliorée, avec une croissance de 10 % des revenus et de 50 % de l’« Industrial Free Cash Flow » (IFCF) sous la nouvelle direction.
Ces signaux montrent une certaine résilience opérationnelle malgré les lourdes charges liées à la réorientation stratégique.
Une stratégie « reset » et retour à la liberté de choix
Le nouveau PDG, Antonio Filosa, a affirmé que ces résultats reflètent le coût d’une surestimation de la vitesse de transition énergétique, et qu’un réalignement est nécessaire pour répondre à la demande réelle des clients.
Le groupe affirme vouloir replacer la liberté de choix des consommateurs au centre de son offre, en proposant un équilibre de technologies : électriques, hybrides et moteurs thermiques.
Conséquences internes et économiques
L’impact de cette perte record est déjà perceptible sur plusieurs fronts :
Suspension du dividende et absence de bonus
Face à la charge financière, Stellantis a annoncé la suspension de tout versement de dividendes en 2026 — une mesure rare pour un groupe de cette taille.
Réduction de charges et réduction de l’investissement
Des réductions de personnel et des révisions de contrats sont en cours, notamment en Europe. Cela englobe des ajustements dans les usines et la chaîne d’approvisionnement.
Impact social significatif
Aux États-Unis, des conséquences concrètes touchent les salariés : les travailleurs représentés par l’UAW ne percevront pas de prime de participation aux bénéfices pour 2025, une situation exceptionnelle depuis des années.
Le contexte industriel : un épisode global
Les difficultés de Stellantis s’inscrivent dans une dynamique plus large de l’industrie automobile occidentale. Comme d’autres grands constructeurs, le groupe a été confronté à :
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Une demande électrique moins rapide que prévue
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Une pression concurrentielle accrue sur les VE
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Des enjeux réglementaires inconstants
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Des coûts structurels plus élevés
Cette combinaison a poussé plusieurs acteurs à revoir leurs ambitions électriques et à repenser leurs modèles économiques.
Perspectives 2026 : prudence et rebond attendu
Malgré cette année noire, Stellantis reste optimiste pour 2026. La direction prévoit :
✔ Une augmentation modérée du chiffre d’affaires
✔ Un retour progressif aux bénéfices opérationnels
✔ Une amélioration de la marge via les nouveaux produits
Cependant, les analystes soulignent que le retour à la rentabilité sera progressif, et que l’industrie doit encore faire face à des défis structurels, notamment autour des batteries et des préférences clients.
Une perte historique, mais un tournant stratégique
La perte nette de 22,3 milliards d’euros pour 2025 constitue l’un des résultats les plus lourds d’un groupe industriel français coté en Bourse.
Si elle est en grande partie liée à des décisions stratégiques prises dans un contexte d’incertitude globale, elle ouvre aussi un nouveau chapitre pour Stellantis : celui d’un repositionnement qui pourrait, à terme, redéfinir l’équilibre entre moteur thermique, hybride et électrique pour mieux répondre à la demande mondiale.
